Blog header.png
  • Emilie

La cause de toutes les souffrances selon les yoga sutras


Ca, c'était les causes de souffrance le jour de mes 30 ans ! Encore 1h30 avant le refuge !!

Quand j’étais en formation pour devenir professeure de yoga, on nous a assigné un yoga sutra, à chacun-e d’entre nous, par ordre alphabétique, de façon arbitraire. Les Yoga Sutras, c’est une collection de 194 aphorismes, de Patanjali, qui date d’il y a 2500 ans environ.


Certaines ont été déroutées par leur sutra, d’autres ont été touchées. C’était mon cas.

Mon yoga sutra était le II-5 : « Anitya-ashuchi-dukha-anātmasu nitya-shuchi-sukha-ātma khyātir avidyā » (je ne parle pas Sanskrit, mais de façon générale, je trouve que je ne fais pas assez honneur aux racines indiennes du yoga, et j’essaie d’inclure de plus en plus les noms des postures en sanskrit).


En voilà une première traduction de Françoise Mazet :

« L’ignorance de la réalité, c’est prendre l’impermanent, l’impur, le malheur, ce qui n’est pas le Soi, pour le permanent, le pur, le bonheur, le Soi. »


Et une autre de Jean Bouchart d’Orval :

« On nomme errance l’incompétence à distinguer le mortel de l’éternel, l’impur du pur, la souffrance de la joie et le non-Soi du Soi. »


Et pour ma présentation, j’ai décidé de combiner les deux traductions, parce qu’aucune ne me paraissait correspondre véritablement à ma compréhension de ce sutra : dans chaque ouvrage, le sutra est ensuite commenté pour nous aider à comprendre ce qu’il veut dire.


Ce que j’aime dans la deuxième traduction, c’est la mise en opposition de chaque mot avec son opposé, et ce que j’aime moins, ce sont les mots errance, incompétence, mortel et éternel.


J’ai donc combiné les deux, en m’inspirant aussi d’une traduction anglaise (de Swami Satchidananda) : « L’ignorance, c’est prendre l’impermanent pour le permanent, l’impur pour le pur, la souffrance pour la joie, le non-soi pour le soi ».


Dans les Yoga Sutras, ce sutra s’inscrit dans la description des causes de souffrance. L’ignorance, « avidya », décrite dans ce sutra, est considérée comme la racine de toutes les autres causes de souffrance (yoga sutra II-4)*.


La partie la plus accessible de ce yoga sutra, pour moi, concerne la première partie « prendre l’impermanent pour le permanent ». L’impermanence est perpétuelle, et nous avons souvent du mal à nous ajuster à cette réalité. Je me vois régulièrement prendre l’impermanent pour le permanent, dans ma vie de tous les jours :

  • Si je ne réussis pas quelque chose (au milieu de tout ce que je réussis par ailleurs), je peux me dire « je suis trop nulle, je n’y arriverai jamais ». Or, c’est simplement une expérience que je traverse, et peut-être que c’est cette expérience même qui me permettra d’y « arriver » la fois d’après. Ca n’a rien à voir avec le fait d’être trop nulle ! Et la souffrance vécue à ce moment-là est celle qui est liée à la pensée « je n’y arriverai jamais » beaucoup plus qu’à l’échec vécu à un instant T.

  • Régulièrement, je manque d’énergie. Par le passé, jusqu’à récemment, j’ai pu me définir comme « une personne qui manque d’énergie, toujours fatiguée ». Mais en fait non. Si je respecte mon corps et ses besoins (assez basiques sommes toutes de dormir assez et manger équilibré), je suis en forme. Me définir comme manquant d’énergie ne fait que renforcer cette croyance limitante et vient l’installer comme quelque chose de permanent (à l’échelle de ma vie)

L’exemple classique donné en commentaire de ce yoga sutra est celui d’une personne qui rentre à la tombée de la nuit, sans lumière, et qui voit un serpent au travers de sa route. Il part chercher de l’aide et revient avec une lanterne à la lueur de laquelle il réalise que c’était une corde, et non pas un serpent. Plongés dans l'ignorance, nous prenons souvent la corde pour un serpent, et la lumière qui vient dissiper notre ignorance, d’après les Yoga Sutras, c’est le yoga. Le yoga nous permet de la détricoter, peu à peu, d’y jeter une lumière qui la dissipe.


Un autre sutra qui me parle particulièrement en lien avec la souffrance est le yoga sutra II-16 : « Héyam duhkham an-āgatam. » - « Nous pouvons éviter la souffrance qui n’est pas encore en marche. » (traduction de Françoise Mazet)


Cette phrase m’aide à me rappeler de ne pas (trop) m’inquiéter pour l’avenir. Je suis plutôt du genre stressée de la vie, donc c’est un travail de longue haleine, de me ramener dans le présent encore et toujours. Ce sutra me permet de me rappeler que m’inquiéter de vivre une émotion difficile à l’avenir (déception, peur, colère) est évitable. Et que de m’inquiéter dans le présent pour quelque chose qui n’est pas encore arrivé me fait vivre l’émotion difficile maintenant par anticipation, et vient même l’amplifier. Vivre dans le présent, notamment à travers le yoga, m’aide à lâcher prise par rapport à ces pensées.


Je pense que nous allons continuer à décrypter les yoga sutras au fur et à mesure de mon inspiration. Ce n’est pas forcément une façon très orthodoxe de faire, mais c’est celle que j’arrive à faire. Je n’arrive pas vraiment à le faire dans l’ordre, et certains sutras m’échappent d’ailleurs toujours un peu, de même que certaines interprétations plus profondes de certains sutras. Au fil de mon évolution et de l’approfondissement de ma compréhension, je continuerai à vous emmener avec moi sur le chemin des sutras.



* Les autres causes de souffrance selon le Yoga Sutra II-3: « le sentiment de l’ego, le désir de prendre, le refus d’accepter, l’attachement à la vie. » (traduction de Françoise Mazet)


43 vues

Posts récents

Voir tout

Bain Boeuf, île Maurice

  • YouTube
  • Facebook
  • Instagram
  • Pinterest

©2020 by yogaavecemilie